18 décembre 1852

« 18 décembre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 281-282], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8611, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon cher petit Toto, bonjour, grand bien-aimé, bonjour mon sublime adoré, bonjour, c’est-à-dire santé, joie, bonheur, admiration et amour pour toi dans ce bonjour-là.
Encore une belle matinée aujourd’hui et par conséquent une affreuse trempée pour nous ce soir. J’en accepte l’augure avec reconnaissance, telle est mon imperméabilité. La propriétaire vient de m’apporter un magnifique gui que son mari l’a chargée de me donner. Cette végétation, qui sert en France d’enseigne aux cabarets qui vendent du cidre nouveau, a probablement une autre signification ici. Quoi qu’ila en soit, j’en offre la moitié à Charles et même tout pour en faire le plus bel ornement de son cidre démocratique1 ce soir. Ce sacrifice n’est pas au-dessus de mes moyens et me donnera un faux air de druidesse, auquel je serai sensible dans cette île celtiqueb. Cet incident parasite ne m’empêche pas de penser au voyage de ta pauvre femme2 et de désirer qu’il ait un plein succès. J’espère que tu auras une lettre d’elle aujourd’hui, ne fût-cec que pour t’apprendre son arrivée à Paris. Pauvre mère, pauvre père, si les prières peuvent quelque chose sur la destinée de votre cher fils Victor, il vous sera bientôt rendu tout à fait et vous serez tous bien heureux ensemble. Ma pensée et mon cœur ne font qu’une longue et ardente prière pour votre bonheur à tous.

Juliette


Notes

1 « Jour du cidre de Charles (nom donné par Vacquerie aux thés, aux soirées et aux réunions anglaises quelconques), mais le cidre de Charles n’a été fondé qu’en vue des proscrits démocrates et pauvres qui résident dans l’île. » (Juliette Drouet, « Journal de Jersey », in Juliette Drouet, Souvenirs, 1848-1854, texte établi, présenté et annoté par Gérard Pouchain, Éd. des femmes/Antoinette Fouque, 2006, p. 303.)

2 Adèle Hugo accompagnée d’Auguste Vacquerie est partie à Paris le 13 décembre 1852. François-Victor y vit sous l’emprise sentimentale et financière de la comédienne Anaïs Liévenne. Cette situation préoccupe la famille et les proches.

Notes manuscriptologiques

a « quoiqu’il ».

b « sceltique ».

c « fusse ».


« 18 décembre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 283-284], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8611, page consultée le 25 janvier 2026.

Je suis bien en retard, mon petit homme, sans que je sache trop pourquoi ni comment, à moins que la peignerie à fond et la visite de la citoyenne Guay n’en soient un peu la cause. Du reste, n’est-ce tout bonnement que le besoin de vous imiter et de vous copier platement dans tout ce que vous avez de plus désagréable et de plus insupportable, votre inexactitude. Enfin, quoi qu’il en soit, voici la nuit et je n’ai encore rien fait qui vaille. Tout cela n’a pas autrement d’importance et je n’en parle que pour arriver par le chemin le plus long à mon étape ordinaire : l’amour. Quant à mon avoine, c’est vous qui me la donnez par maigres picotins et le moins souvent possible. Aussi j’attends tristement l’heure de la distribution en mâchant à vide les souvenirs de mon abondant bonheur d’autrefois. Cette occupation médiocre ne m’empêche pas de trouver le temps bien long. Il me semble, mon cher petit homme, que, toute politesse gardée avec la Duchesse et le Marquis de Riche-en-puces, vous auriez pu venir plus tôt si vous n’étiez pas le plus insouciant des Toto à l’égard de votre pauvre Juju. Si je pouvais vous en vouloir ce serait certainement le cas aujourd’hui. Mais je trouve plus doux encore de vous pardonner, de vous attendre, de vous désirer et de vous aimer. C’est très bête mais cela me console.

Juliette

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.

  • 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
  • 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
    Charles, puis François Victor, rejoignent leur père.
  • 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
  • 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
  • 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
  • 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
  • 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
  • 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
  • 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.